Je vais vous raconter ce jour où mon existence a été traumatisée, à jamais.
Ce soir là il y avait une pluie de comètes magnifique qui était prévue par les scientifiques. On avait alors décidé, avec ma petite amie, d’aller faire un pique-nique sur les hauteurs de la Côte d’Azur.
On était parti à neuf heures du soir de chez mes parents qui vivaient à Antibes, puis on avait remonté les routes sinueuses aux flancs des montagnes pour rejoindre un joli coin avec une très belle vue sur tous les alentours.
Sur la route, elle m’avait raconté les nombreuses fois où elle avait croisé des renards la nuit, ou bien des sangliers parfois… Elle n’avait pas peur, elle me disait. C’était comme si elle était née dans ces espaces montagneux, entre précipices et feux de forêts.
Une fois arrivés dans le petit village, on sortît de la voiture pour aller s’installer sur une parcelle d’herbe isolée, à quelques centaines de mètres du cœur du village.
On avait pris soin d’emporter avec nous un appareil photo et une paire de jumelles pour prévenir l’arrivée des comètes.
Il était déjà dix heures et demi et les comètes n’étaient toujours pas là. Comme il se faisait tard, on a préféré commencer à manger notre pique-nique.
Une heure passée, le spectacle n’avait pas encore démarré. Le temps paraissait terriblement long, on n’avait rien à se dire.
Il faisait particulièrement sombre. Le silence était brisé régulièrement par l’écho du grincement du vent sur les tuiles.
J’étais fatigué et je venais de me rappeler que j’avais une présentation importante à faire à mes professeurs le lendemain. C’est pourquoi j’ai déclaré : « Tu sais, la nuit va bientôt tomber, on pourrait peut-être rentrer et remettre ça à une autre fois ? ».
Berthe était tout à fait de mon avis.
On s’est alors levés et on a rangé toutes nos affaires dans nos sacs. Je tenais l’appareil photo autour du cou au cas où les comètes seraient visibles pendant notre trajet retour.
C’était difficile d’avancer dans le noir complet jusqu’à notre voiture : nos téléphones n’avaient plus de batterie et le flash de l’appareil photo était peu efficace. On marchait donc très lentement, en évitant de faire trop de bruit pour ne pas déranger les dormeurs du village voisin.
Nous étions à moins d’une dizaines de mètres de notre voiture quand un groupe de personnes nous arrêta. Je ne pouvais pas les regarder directement, mais leurs silhouettes semblaient montrer qu’ils portaient de longs manteaux et des chapeaux difformes.
L’un d’eux s’avança vers nous à pas comptés. Il tendît sa main vers mon visage puis caressa ma joue. Il énonça, en pesant le sens de chacun de ses mots au préalable : « Vous avez la peau particulièrement douce, quel est votre secret mon cher ? ».
Je m’étais rappelé qu’il valait mieux ne jamais rien répondre aux personnes qui posent des questions étranges la nuit. Pourtant, il insistait.
« Je voudrais connaître votre procédé. »
J’avais décidé de m’en tenir à cela : déchoir tout ce qui pouvait être déchu.
« Vous ne vous déciderez donc pas à parler. Tans pis, nous allons nous exprimer à votre place. »
Le silence qu’ils marquèrent durait déjà depuis plus d’un quart d’heure.
Un autre homme s’approcha de Berthe et déclara : « Vous. ». Berthe n’avait pas réagi, alors l’homme mît ses deux mains sur ses épaules : « Vous n’avez donc rien à nous dire ? ».
Bien que je ne regardais pas directement la scène, je sus que Berthe avait relevé la tête. Elle allait parler.
« Messieurs, je ne vois pas à quoi vous faites allusion. Non, je n’ai rien à vous dire. Vous nous faîtes peur à mon petit ami et moi, nous voulons rentrer chez nous.
Je n’avais rien à ajouter et même si c’avait été le cas, j’étais trop pétrifié par la peur pour oser prendre la parole.
Les hommes semblaient se nourrir de nos terreurs nocturnes. J’entendais leur salive couler de leurs lèvres.
J’ai pensé sur le moment que ce pourraient être des monstres. Pourtant ils semblaient tout à fait ordinaires. C’étaient des hommes. Comme vous et moi.
Le plus petit d’entre eux, s’avança d’un pas et dit en sifflant ses consonnes : « Vous désirez sonder nos personnages ? ».
Berthe expliqua :
« – Écoutez. Nous n’avons pas le temps de jouer avec vous cette nuit. Nous voulons rentrer chez nous.
– Qui ne voudrait pas rentrer chez soi lorsque l’obscurité affecte ses impressions ?
L’homme numéro quatre qui ne s’était toujours pas exprimé ajouta :
– Quant à nous, nous avons tout notre temps pour jouer avec vous cette nuit. »
Suite à cette déclaration glaciale, ils nous laissèrent juste le temps d’expirer, puis on reçut chacun un grand coup de ce qui semblait être une matraque, deçà nos deux genoux.
Puis, ils soignèrent leurs gestes afin de nous recouvrir la tête avec un long tissu sombre et humide.
Je n’ai pas crié à l’aide, jugeant à tord que peu de personnes sont éveillées à cette heure là. Berthe non plus ne s’était pas plainte. A croire que nous étions consentants.
Les hommes ont lié nos quatre pieds entre eux à l’aide d’un câble qu’ils ont serré au point d’ébrécher la chair recouvrant nos chevilles.
Ils nous ont ensuite traînés en tirant sur le câble durant quelques minutes avant de s’arrêter pour nous expliquer que nous nous trouvions sur la place du petit village.
Après quoi, ils ont continué de nous aspirer insensiblement vers leur monde pervers.
Maïa, pour jusdefraise.fr

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