Lundi 28 novembre 2022.
Encore une fois, j’étais accrochée à mon lit comme à un aimant sans parvenir à m’endormir. Il me semblait qu’une éternité me séparait de ma délivrance.
Mon mari, qui connaissait très bien mes problèmes d’insomnies, avait remarqué qu’elles s’étaient accentuées à un point insupportable depuis mon accouchement. Il avait branché son ancien lecteur de cd pour me faire écouter La chanson d’Azima.
Il savait que j’étais amoureuse de la voix de France Gall. Il savait aussi que je n’aimais pas discuter après vingt-deux heures, sauf si j’en avais décidé autrement. Il savait que je ne me couchais jamais dans le noir complet. Il savait que je détestais les roses rouges et les parfums féminins. Il savait que je gardais toutes les places de cinéma dans mon portefeuille, que je les rangeais soigneusement dans une petite pochette zippée, juste derrière mon passeport et mes billets de banque.
Je fermais les yeux et mon monde devenait obscur. Il n’y avait plus rien qui était vrai, mis à part ma respiration et le toucher de la main de mon mari sur ma joue. J’entendais les beuglements de ma fille au loin mais je faisais la sourde oreille.
Toutes les personnes qui souffrent d’insomnies ont cette chose en commun : elles ne souhaitent pas dormir. Cela vous parait étonnant n’est-ce pas ? Et pourtant, c’est bien le cas. Nous sommes tous tellement obnubilés par nos pensées qu’on n’arrive pas à s’en dépêtrer. C’est comme une invasion de milliers d’idées et de fantasmes qui viennent à nous en se bousculant à l’entrée. Aussi, je pense que notre esprit est construit de telle sorte qu’il ne peut réellement traiter qu’une seule information à la fois et bien souvent il s’y prend de la pire des manières. Pour ma part, à la moindre complication, je passe des heures à envisager toutes les options, tout en me disant que peu importe celle que je finirais par choisir, ce serait la mauvaise.
Je vous ai dit que les insomniaques ne souhaitaient pas dormir mais je sens que vous en doutez encore… Laissez-moi vous convaincre.
Commençons par un point qui ne peut, sans conteste, diviser les opinions. L’unique chose sur laquelle tout être humain porte un contrôle intégral est sa propre pensée. Si l’on part de ce postulat, on pourrait tous choisir de s’arrêter de réfléchir et de planifier pour s’abandonner à son sommeil. Un peu simpliste, je vous l’accorde. Mais ce qui l’est infiniment moins, c’est notre façon de gérer cette pensée. Je me trouve dans un cas particulier : d’ordinaire on me décrit comme une « procrastinatrice acharnée », pour autant je ne parviens pas à remettre mes pensées au lendemain.
Certains ayatollahs diraient de moi que je suis atteinte d’une maladie moderne. Plusieurs de mes amis, à l’âge où j’en avais encore, m’avaient offert des livres de développement personnel pour réussir à m’endormir sainement par la simple force de la volonté. Je leur avais dit que je n’en avais pas vraiment, de la volonté, mais ils ne m’avaient pas crue et avaient insisté pour que je lise leurs bouquins.
Alors l’insomnie, une maladie ? Je n’y crois pas. Ce n’est pas faute de connaître la définition du mot et tous les arguments qui vont avec. Simplement, j’ai décidé que je n’y croyais pas et on ne me fera pas changer d’avis là-dessus.
Je ne consentais pas à succomber à mon endormissement, un point c’est tout. Mais pour le bien de tous, il fallait que mes nuits soient réparatrices et que je valide mes sept heures de sommeil quotidiennes. Alors, mon mari avait pris rendez-vous pour moi chez le médecin ce vendredi soir, à dix neuf heures, histoire qu’il me fournisse en médocs pour que je me shoote à la vue de tous, éhontément, et que je puisse m’endormir d’un coup sec comme une junkie à n’importe quel moment de la journée, sans savoir si j’allais me réveiller en un seul morceau ou bien si quelqu’un allait profiter d’une manière ou d’une autre de mon état second.
J’avais conscience d’être mariée à un homme formidable. Il était très attentionné. Il m’avait dit à de nombreuses reprises que j’étais sa raison de vivre et que sans moi il ne serait rien du tout. Je trouvais cela un peu lamentable et il était pour moi évident que si je mourrais d’une overdose de médicaments il ne tarderait pas à trouver une nouvelle pouliche à qui dédier sa vie entière. Mais ma mère m’avait dit que j’avais trouvé la perle rare alors à chacune de ses déclarations mielleuses le soir au coin du feu, je le regardais profondément dans les yeux, tout en attendant que ma lettre d’admission à Poudlard arrive dans la cheminée.
Maïa, pour jusdefraise.fr

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